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01/06/2014

Un système de zéro déchets coûte moins cher !

Joan Marc Simon, directeur de Zero Waste Europe, regrette que nombre de collectivités françaises soient « liées » à des incinérateurs, « très chers et une catastrophe pour l'environnement ».

 

Joan Marc Simon est directeur de Zero Waste Europe, une fondation qui regroupe des organisations et des municipalités pour « repenser la relation avec nos déchets », en promouvant la réduction ainsi que le recyclage pour parvenir à « une société de zéro gaspillage et zéro déchet ».

Lire le décryptage : Le système « zéro déchet » de San Francisco en 7 questions

San Francisco est très avancée dans le recyclage de ses détritus, notamment dans la collecte de déchets organiques pour en faire du compost. S'il y a bien quelques initiatives isolées, la France apparaît très en retard dans ce domaine. Pourquoi ?

Nombre de collectivités françaises ont investi dans des décharges ou des incinérateurs, qui sont très chers et qui sont une catastrophe pour l'environnement, car ils rejettent des particules très toxiques. Ces collectivités sont ensuite liées par contrat aux incinérateurs pendant vingt ou trente ans et doiventalimenter ce monstre en fournissant des déchets, sinon elles doivent payer des amendes. Cela conduit à des situations paradoxales dans lesquelles les villes ne sont pas incitées à recycler, puisque cela enlève des déchets à l'incinérateur et peut au final leur coûter plus cher !

La France compte en plus de très importantes entreprises de gestion des déchets [Veolia et Suez particulièrement]. Ils ont besoin d'appliquer leurs solutions dans le pays pour les promouvoir à l'étranger.

 
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Ils essaient toutefois de développer la production de compost avec le traitement mécano-biologique (TMB)…

Oui, le TMB est très promu par les entreprises françaises, mais il ne marche pas. Contrairement aux systèmes que l'on peut rencontrer à San Francisco ou Milan, le TMB propose aux habitants de jeter tous les déchets ensemble et de les trierensuite mécaniquement : d'un côté les déchets organiques, d'un autre le papier, d'un autre le plastique, etc. Cela peut sembler une bonne idée, mais c'est une mauvaise solution. La qualité du recyclage et du compost est très mauvaise, car tout est mélangé, sali par la nourriture et vice-versa.

La France a beaucoup investi dans le TMB, mais elle se retrouve avec du mauvais compost qui est « contaminé » par du plastique, de l'aluminium... [certains l'appellent d'ailleurs « shiny compost », « compost brillant »]. Par conséquent, elle ne peut pas l'exporter ou même l'utiliser dans ses propres champs. Pareil pour les produits du recyclage qui sont de moins bonne qualité qu'un tri manuel, à la source, c'est-à-dire par les habitants eux-mêmes.

Dans un contexte budgétaire difficile, comment essayez-vous deconvaincre les élus de changer de système ?

Le système de « zéro déchet » coûte moins cher que ceux actuellement utilisés ! Il y a deux coûts principaux dans la gestion des déchets : la collecte et le traitement.

En triant les déchets organiques d'un côté, les recyclables de l'autre et les autres déchets ensuite, vous pouvez tout d'abord réaliser des économies en adaptant la collecte : les premiers doivent être ramassés régulièrement, mais les autres, qui sont « secs », ne pourrissent pas, ne sentent donc pas et peuvent être ramassés moins souvent. Il faut pour cela mettre en place des mesures d'incitation pour les habitants : plus vous jetez, plus vous payez, et donc plus vous recyclez, moins vous payez.

Ensuite, le traitement coûte beaucoup moins cher qu'un incinérateur ! Il faut bien sûr mettre en place les infrastructures de tri et de compost, mais le coût n'est pas du tout le même, tout en créant des emplois supplémentaires. Et contrairement à l'incinération, ce système pousse directement à réduire le volume de déchets. Moins de déchets, moins de coûts, c'est comme cela que ça marche.

Enfin, il faut souligner que le système de « zéro déchet » permet des sources de revenus, en vendant les produits du recyclage et du compost. Le compost de qualité a une vraie valeur sur le marché, les agriculteurs en sont très preneurs. Et en plus, c'est meilleur pour l'environnement.

Les élus sont-ils réceptifs à votre message ?

Cela dépend des endroits... En France, où l'incinération est très répandue et où nombre de collectivités sont liées par ces contrats selon lesquels elles doiventfournir des déchets, c'est compliqué. Dans d'autres pays, comme la Slovénie où nous sommes récemment intervenus, les infrastructures étaient moins développées, le passage au zéro déchet est plus facile. Mais il y a aussi des initiatives qui fonctionnent en Italie, par exemple, comme à Milan ou en Vénétie.

L'avantage, c'est que nous présentons des solutions pratiques, ce n'est pas simplement de la théorie. Il y a de plus en plus de villes, partout en Europe, qui se sont fixé un objectif « zéro déchet », et cela marche tout en coûtant moins cher. 

Revue de presse Décharge de Castries: 

ML Décharge 17 juin 2014.doc